Après l’Irak… Une vie à rebâtir
Mardi 30/06/2009 | Posté par Benoît Gilles (avec Mohamed Zemirli)
Khalid Shitou est Irakien. Il a quitté sa terre natale il y a plus d’un an pour trouver refuge à Marseille. Il raconte la violence de la vie, là-bas, la dureté du voyage et l’espoir d’une vie meilleure en France.
D’emblée, Khalid Shitou commence par s’excuser pour son français « tout cassé ». Son bagage linguistique en cours de constitution lui permet tout de même de maîtriser les chiffres. «Je suis arrivé il y a un an et quatre mois.» Il le répètera plusieurs fois au cours de l’interview comme s’il comptait encore les jours qui le séparent de sa vie d’avant, à Hamdanya, au nord de Bagdad. Khalid a 23 ans même s’il fait plus âgé. Il soulève sa casquette en rigolant. « Je n’ai pas beaucoup de cheveux, ça fait plus vieux.»
Il est venu en France parce que trois de ses oncles y résidaient déjà et les échos qu’il en avait étaient positifs. Alors il vend des terres et rassemble ses économies, 5000 dollars, pour fuir son pays. « Je suis passé par la frontière turque sans passeport, ni aucun papier. Le passage n’a pas été très compliqué. Ensuite, j’ai passé entre trois et cinq mois en Turquie avant de rejoindre Istanbul. Là, un camion nous a embarqués pour l’Europe. Nous étions dix. Les passeurs nous avaient dit que le voyage ne durerait que deux jours. En fait, il a duré 5 jours. On n’avait plus d’eau, plus rien à manger. C’était très dur.»
Arrivé à Marseille, il appelle ses oncles qui l’accueillent et l’aident à régulariser sa situation. « Je suis allé à la Préfecture. Au début, ça a mis du temps parce que je ne comprenais pas vraiment les papiers que l’on me demandait. Ensuite, ma famille m’a aidé et j’ai obtenu un statut de réfugié avec une carte de séjour d’un an.»
L’apprentissage de la langue a été le premier écueil à affronter. «Pour les Maghrébins, c’est plus simple. Ils parlent le français, ils l’apprennent à l’école. Mais, en Irak, on parle l’arabe, on apprend l’anglais mais le français, non.»
Khalid parle encore une autre langue : l’araméen. En effet, même si son prénom ne l’indique pas, Khalid est un chrétien d’Irak, l’un des 600 000 membres environ des nombreuses églises de la mosaïque chrétienne d’Irak. Mais nombreux sont ceux qui choisissent l’exil pour fuir les persécutions. C’est le cas de Khalid. «Du temps de Saddam Hussein, la situation n’était pas facile, car c’était une dictature, mais, au moins, on pouvait travailler. Depuis la guerre, c’est devenu impossible. On a accueilli les Américains comme des libérateurs. Mais, très vite sont arrivés les terroristes comme Al Qaida, les problèmes entre sunnites, chiites, l’influence de l’Iran… La situation est devenue intenable.»
A Hamdanya, Khalid était coiffeur. Pas vraiment par choix, les études universitaires étaient quasiment impossibles pour lui du fait des discriminations contre les chrétiens. «Mon père est instituteur, mon oncle est professeur d’histoire mais ils ne pouvaient exercer leur métier.»
Coiffeurs interdits
Un jour, un petit mot en arabe est glissé sous le rideau de fer du salon de coiffure où il travaille. «Ils nous traitaient de juifs et demandaient d’arrêter notre activité si on ne voulait pas mourir.» Les islamistes sèment la terreur, dictent leur loi et ne supportent pas l’idée que des chrétiens taillent des barbes ou coupent des cheveux. Peu après, une bombe explose sur le toit de la maison alors que sa famille dort dans l’air frais de la nuit. Son frère y trouve la mort, sa mère est gravement blessée au dos. «On l’a opérée là-bas mais les hôpitaux irakiens sont moins bons qu’ici, en Europe. Aujourd’hui, ma mère souffre encore.» Pour Khalid, la situation familiale ressemble à une impasse. Il ne se voit pas d’avenir en Irak et décide de sauter le pas comme ses oncles avant lui.
Aujourd’hui, il prend peu à peu pied dans la réalité française. Il suit une formation linguistique censée hâter son intégration. «Depuis quatre mois, la formation se passe bien. Je parle de mieux en mieux. Quand je saurais parler comme un Français, je pourrais chercher un travail, comme coiffeur, puisque c’est ce que je sais faire. Mais, mon rêve, c’est de devenir gendarme ou policier. ça ne sera possible que quand j’aurai obtenu la nationalité française, dans quelques années.»
Il aurait pu trouver très vite du travail dans un des nombreux salons maghrébins du centre ville, mais il a refusé. «Là-bas, tout le monde parle arabe. C’est ‘Salam aleikoum, rouya’, dès qu’ils entrent dans le salon. Ça, moi, je ne veux pas. Ici, il n’y a pas assez de travail. Mon oncle est vétérinaire et il travaille dans un snack ! C’est aussi pour ça, que je ne veux pas rester à Marseille.» Son rêve est de trouver une petite ville "comme Hamdinya, 50 000 habitants", où il lui sera plus facile de s’intégrer.
Tous les dimanches, une partie des Chrétiens d’Irak se réunit dans une petite église chaldéenne dans le 13e arrondissement, près du Merlan. Une manière pour Khalid de rester en lien avec sa famille au pays et de panser son «cœur triste.»
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Benoît Gilles (avec Mohamed Zemirli) -
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Réactions des internautes
Mercredi 1 Juillet 2009, 01:00
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Je n'ai pas trop compris ce passage à vrai dire.
Pourquoi ne veut-il pas entendre parler arabe? parce que ça lui rappelle l'Irak et/ou qu'on en France, quelque chose comme ça?
Les forces US se sont retirées des villes irakiennes - mais elles stationnent pas loin.. - et je crains que la violence qui frappe de nouveau l'Irak ces derniers temps ne reprenne de plus belle...
Ce jeune homme en tout cas ment, les discriminations et la haine anti-chrétiens ne peut exister en terre musulmane, religion de "paix, amour et tolérance" !
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Mercredi 1 Juillet 2009, 11:23
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Re:
Tu n'émets même pas des doutes sur la véracité de ses propos mais affirme qu'il ment. Mais qui es-tu pour te permettre ce genre de commentaire ?D'autre part même si la réligion musulmane comme les autres religions pronne l'amour et la paix (quoi que ça se discute), il est vrai que dans de nombreux pays musulmans les chrétiens (particulièrement en Algérie, en Arabie Saoudite, au Yemen...) sont victimes de persécutions, encore plus s'ils sont des convertis. Ne parlons même pas des juifs.
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Mercredi 1 Juillet 2009, 11:34
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Re:
Tu n'as apparemment pas perçu le ton sarcastique de mes propos.A ta décharge, tu n'es peut-être pas lecteur de la version originale du BondyBlog où de vrais-faux musulmans y pratiquent un vrai-faux prosélytisme intégriste.
Tu as par contre oublié de parler des chrétiens de Turquie, eux aussi opprimés par ce merveilleux état qu'on ne cesse de nous présenter comme "laïc".
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