Marseille Bondy Blog Dakar Bondy Blog Neuilly Bondy Blog Lausanne Bondy Blog Business Bondy Blog Bondy Blog Lyon Bondy Blog Marseille Bondy Blog

Au Marabout du 46, s’invente un espoir

Mardi 18/11/2008 | Posté par Benoît Gilles

Au numéro 46 de la rue Curiol, des acteurs sociaux, des médecins et des malades sans abris ont ouvert un squat pour inventer une nouvelle façon de mêler habitat social et prise en charge thérapeutique.

De l’extérieur, rien ne différencie cet immeuble du reste de la rue Curiol. Sur la porte, une feuille indique le nom d’une association, les Nomades Célestes*, et les heures de visite. A l’intérieur, c’est une ruche. Les escaliers résonnent du pas des résidents. Une réunion se poursuit dans le hall et le petit bureau qui le jouxte est tout aussi plein. Nous sommes au Marabout du 46. Drôle de nom ? «Le marabout répond d’une triple définition : c’est une grande tente collective, une personne qui soigne. Et c’est aussi un oiseau». Comme son nom l’indique donc, le Marabout du 46 est un lieu de vie collectif, un lieu où l’on soigne et où certains prennent leur envol.
Celui qui donne la définition s’appelle Hermann Händlhuber. Il est originaire de Suisse Alémanique et travaille comme animateur de prévention pour Médecins du monde. Il a connu les trois étapes de la définition. Mais, avant tout ça, il a connu la souffrance mentale et la rue comme lieu de vie pendant 8 ans.
Etre à la rue, être dans la rue… Le marabout du 46 est une alternative communautaire à cette réalité sociale. De plus en plus souvent, la rue est un lieu où sont relégués ceux que la société ne veut pas voir, notamment ceux qui vivent avec une maladie mentale. «L’idée de cet abri guérisseur est le résultat d’une réflexion collective, résume Sylvain Perrot, de Médecins du monde**. Au départ, en 2005, on avait constitué un groupe de travail autour de la santé mentale et de la précarité. Il y avait là des chercheurs, des travailleurs sociaux, des bénévoles. On s’était aperçu qu’après la prise en charge en hôpital psychiatrique des personnes sans abri, celles-ci retournaient à la rue. Il fallait faire quelque chose». L’idée vient alors à ce groupe de travail de trouver un lieu où mettre en pratique un travail communautaire avec ceux qui, dans la rue, souffrent de pathologie mentale.

Colère fondatrice
La porte du bureau s’ouvre. Entre un jeune homme barbu et bavard, comme un grand vent frais de colère qui secoue la pièce. Il s’appelle Vincent Girard. Il est médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Marguerite. De sa colère - politique, médicale, humaine - est aussi né le Marabout du 46. Sa colère balaie en grandes tirades rageuses «notre société qui prétend être démocratique et qui n’est plus que prétentieuse quand elle offre une espérance de vie de 40 ans à un schizophrène qui vit dans la rue». Puis le vent se calme et Vincent Girard retrouve le fil du récit ébauché. «A la fin de mes études, j’avais choisi la psychiatrie, mais je n’en pouvais plus de l’hôpital. J’étais à deux doigts de tout laisser tomber. Finalement, j’ai décidé d’aller faire mon internat aux Etats-Unis. C’est là que j’ai découvert la médecine communautaire».
Etudiant dans la prestigieuse université de Yale en 2003, il est également travailleur de rue où il fait équipe avec un travailleur pair, ancien dealer, toxico et taulard. «Le travailleur pair est indissociable de l’approche communautaire. L’idée est de dire que le savoir savant ne vient pas que de l’université. Le savoir sur la psychiatrie vient aussi de ceux qui souffrent, le savoir sur le sida vient aussi des malades, celui sur les addictions, des toxicomanes… C’est une approche assez ancienne aux Etats-Unis. On peut trouver ce type d’approche à Marseille à travers les associations comme le Tipi ou Asud».
Quand il rentre en France, diplômes en poche, Vincent Perrin veut mettre en en pratique ce qu’il a vécu là-bas. Il intègre alors l’équipe de prévention de rue de Médecins du monde. «Très vite, j’ai voulu associer professionnels et travailleurs pairs. C’est comme ça que j’ai rencontré Hermann qui jouait de la guitare place Castellane». A force de dialogue, il arrive à le convaincre d’intégrer l’équipe de Médecins du monde comme professionnel de la prévention. C’est avec lui qu’il va ouvrir le 46, début 2007.
«On nous a prévenus qu’il y avait là un immeuble vide, raconte Vincent Girard. En fait, l’immeuble était préempté par la mairie dans le cadre d’un projet de rénovation urbaine». «Il n’y avait plus rien, reprend Hermann. Ni électricité, ni canalisation, tout avait été arraché. Petit à petit, on a tout rénové avec l’aide de bénévoles, de futurs résidents et d’associations du secteur social. Les gens se sont installés. J’étais le travailleur pair du lieu».
Quand la Ville de Marseille découvre le squat, il est trop tard. Le lieu de vie thérapeutique est né. Qui plus est, Vincent Girard n’est pas un illuminé, il travaille à l’AP-HM dans le service du professeur Naudin qui soutient son projet. «On a négocié avec eux pour obtenir un titre d’occupation précaire. Désormais, le lieu existe officiellement. Il accueille 12 résidents». Certains sont sédentaires, d’autres circulent. L’un d’eux pousse la porte. Il veut parler avec Vincent Girard de son addiction à l’alcool et du sevrage qu’il tente.
Pendant ce temps, en guise de conclusion, Hermann souffle : «Pour moi, c’est comme une nouvelle religion, sans dieu, une religion sociale. Pourquoi ? Parce que cela m’a donné quelque chose à croire, un espoir et ça, c’est miraculeux».

Benoît Gilles

*Les Nomades célestes est un groupe d’entraide mutuelle, un GEM qui doit prochainement ouvrir un lieu d’accueil de jour dont Hermann Händlhuber sera le responsable.
** Avec de nombreuses associations de lutte contre la précarité, ils sont à l’origine de la Gueux Pride, vendredi 31 octobre.

Benoît Gilles -