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Dominique, heureux comme un chauffeur de bus

Jeudi 04/12/2008 | Posté par Pauline Legrand

Après Houcine le boulanger, voici Dominique, chauffeur de bus. Je l’ai suivi sur son parcours de la ligne 37, de Malpassé à la Batarelle, sur les hauteurs de Marseille.

Boulanger, maçon, agent d’entretien, chauffeur de car de tourisme et enfin chauffeur à la RTM. Après avoir changé plusieurs fois de métier, au volant de son bus n°37, Dominique, 45 ans, s’épanouit enfin dans sa nouvelle profession. «Je me demande pourquoi je n’y ai pas pensé plutôt, ça fait plus de 20 ans que j’aurais dû faire ce métier», confie Dominique. Il y a deux ans, il poussait les portes de son entreprise. «Je voyais les agents de la RTM toujours bien présentés avec une petite tenue sympathique et décontracte. Et surtout leurs mains étaient propres. Moi qui avais l’habitude de travailler dans une société de nettoyage, j’en avais marre de travailler dans la saleté».

En 2003 déjà, Dominique s’était reconverti dans le métier de chauffeur. Après six mois de formation, il a commencé à conduire des cars de tourisme. Mais ce père de famille en déplacement quatre jours sur sept ne voyait plus ses quatre enfants. Aujourd’hui, ses horaires lui permettent de les amener à l’école le matin ou de les récupérer l’après-midi. Même travailler les week-ends, Dominique s’en contente. Pour lui, les plannings sont assez bien faits, quand il travaille le samedi, il a le dimanche de libre et s’il est d’astreinte deux week-ends de suite, il sera de repos les deux suivants. Avec un salaire de 1650 euros en moyenne par mois, le chauffeur de bus se dit très satisfait.

La routine, Dominique ne la connaît pas encore. Il est ce qu’on appelle un chauffeur de bus volant, c’est-à -dire qu’il change plusieurs fois de lignes dans la semaine ou dans la journée. Tous les CDD de l’entreprise passent par ce statut. Ce matin, Dominique était au volant du bus n°2 et cet après-midi il parcourt la ligne 37, celle qui va de Malpassé à la Batarelle, dans le 13e arrondissement, une de ses préférées. «La 37, c’est tranquille, il n’y pas beaucoup de monde, ça repose par rapport à la 41, où j’arrive à peine à fermer les portes». Si Dominique a ses préférences cela tient aussi aux usagers. «Dans le centre, les gens sont plus impatients. Je me prends plus souvent de réflexions si je suis en retard».

En plus d’une bonne clientèle, située sur les hauteurs de Marseille, le parcours de la ligne 37 n’est pas désagréable. Entre Malpassé et la Batarelle, on aperçoit des espaces de verdures, des écoles, des boulodromes, des maisons. Surtout, la circulation y est fluide. Une circulation fluide mais des routes abimés qui secouent et font résonner tout le bus. «Pour les usagers, ce bruit c’est le temps d’un trajet mais, pour moi, c’est toute la journée», raconte le chauffeur de bus. «C’est encore plus énervant que les voitures mal garées», ajoute-t-il. Pour Dominique, les manœuvres ne posent pas de problème, «un bus c’est plus facile à conduire qu’une voiture : le rayon de braquage est plus grand, la visibilité est meilleure».

Le sens du contact
«Hôpital de Lavéran, vous devez descendre ici, mademoiselle», s’interrompt Dominique pour prévenir une passagère. Rendre service aux gens, les accueillir dans le bus, tout ça lui plaît beaucoup. D’ailleurs, il regrette un peu son ancien poste dans le tourisme où le relationnel était encore plus important. Mais parfois, son métier lui réserve de bonnes rencontres. «Je me rappelle de cette journée, où un trisomique m’a suivi pendant 4 ou 5 allers et retours sur mon parcours. Il était resté à côté de moi à me raconter des blagues franchement drôles, il faisait rire tout le bus», s’enthousiasme t-il.

A hauteur des écoles de la Batarelle, les contrôleurs passent. Un arrêt plus loin et les voilà déjà partis. Tous les usagers avaient validé leur titre de transport, un miracle selon Dominique. «Souvent quand il y a pas beaucoup de monde, les gens pensent que les contrôleurs ne vont pas passer et ne valident pas». Les fraudeurs, le chauffeur de bus ne devrait pas les laisser monter mais à force de réflexions désagréables et de conflits avec les usagers, le conducteur ne dit plus rien. «Je me ferais baffer tous les jours si je leur faisais une réflexion». Le bouton d’appel d’urgence est caché dans la cabine du conducteur, mais en deux ans il ne l’a jamais utilisé. Habitant Sainte Marthe, Dominique n’a pas peur de conduire dans les quartiers «dits chauds» de Marseille. Les jeunes, il les connaît bien, ils l’appellent même par son surnom, «Doumé».

Retour à Malpassé, il est 16h30. Dominique est debout depuis 4h du matin. Aujourd’hui, il a fait 3 heures sup, faute de personnel, alors même s’il adore son métier, son moment préféré reste quand même la fin de la journée.

Photos : Pauline Legrand

Pauline Legrand -