Élections régionales : cours de rattrapage
Mercredi 03/03/2010 | Posté par Jean-Paul Duarte
Il y a deux manières de suivre une campagne électorale. Soit courir après les petites phrases et pointer les inepties, soit s'attacher aux programmes et aux débats marquants. Comme jusque-là on a fait ni l'un ni l'autre, on se rattrape en allant voir un collègue qui, lui, suit.
En allant voir Rémi Leroux, je savais que je tapais à la bonne porte. Le journaliste est réputé. Il avait été à l'initiative de Rue89 Marseille et avait contribué à la bonne presse de Marseille L'Hebdo, c'était avant 2008. Depuis, il anime l'excellent blog Fini-parti qui piste les candidats à la présidence de la région. J'avais l'intime conviction que la campagne en Provence s'était essoufflée malgré une ligne de départ alléchante : Michel Vauzelle, président sortant, Thierry Mariani, figure montante de l'UMP, Jean-Marie Le Pen, qu'on ne présente pas, Laurence Vichniesky, au patronyme impossible à écrire sans copier-coller mais qui surfe sur le bon score d'Europe Écologie aux européennes de l'année dernière. Sans parler de toutes les autres listes, dix en tout.
À mes yeux, cette campagne étouffait, coincée entre le cas Frêche en Languedoc-Roussillon et les calomnies contre Soumaré en Île de France qui alimentaient bien plus les gazettes, mêmes locales, que l'aménagement du territoire ou les repas bio dans les cantines des lycées. Rémi analyse : « ce genre de scrutin ne passionne pas les électeurs mais il y a plusieurs enjeux. On est à la moitié du mandat présidentiel et forcément le résultat local va être jugé à l'échelle nationale. La gauche va-t-elle remporter toutes les régions ? Les sondages, auxquels on ne peut pas se fier, donnent la gauche gagnante même en Corse ! Ensuite il y a la réforme des collectivités locales qui tend à faire croire à la disparition des conseils régionaux et donc que les élus pourraient ne pas finir leur mandat. Rien n'est pour l'instant avéré mais cela introduit de la confusion dans le débat. » Néanmoins, Rémi observe : « sur le terrain, les équipes se démènent. Tous les partis sont très présents. On n'est pas là à couvrir juste une ville, même comme Marseille. Il faut monter un jour à Briançon, être le lendemain à Nice et le surlendemain à Arles. » Finalement, elle n'est pas si dégonflée cette campagne !
Et sur le web, sont-ils autant présents ? Rémi confirme : « On en est pas encore au niveau de ce qu'a fait Obama, mais ils ont mis en place des outils qui commencent à être au point. On le voit à la fois pour la mobilisation des militants, mais aussi sur les plateformes officielles ou la présence des candidats sur les réseaux sociaux. Ils ont compris que, même pour une campagne locale, ça passe aussi par là. Tu arrives à mobiliser les gens via le net surtout sur un territoire étendu comme la région PACA ». Par exemple, certains meetings du président sortant sont diffusés sur son site officiel. La réunion de Digne, qui devait compter environ 300 personnes dans la salle, a attiré 1200 visiteurs sur le web*. Quatre fois plus ! « Le PS a un peu d'avance, ils ont aussi bénéficié de la stratégie qui avait été mise en place pour les municipales de 2008 par Guérini : une cartographie participative des quartiers. Vauzelle en a fait une sur son bilan ». Même si on peut constater un engouement pour le net, une mobilisation concrète sur les réseaux sociaux se traduirait-elle dans les urnes ? Ce n'est pour l'instant pas vérifiable.
Ils font tous de l'écologie !
Une thématique particulière est-elle ressortie de tous ces débats ? Rémi relève : « ce qui est frappant : tous les candidats font de l'écologie. Que ce soit en terme d'aménagement du territoire, en terme de développement des infrastructures routières ou ferroviaires, en terme de soutien à l'économie, il y a des enjeux environnementaux ». Et plus prosaïquement ? « Vauzelle compte sur sa liste des élus verts. Europe Écologie, c'est son fond de commerce. La tête de liste du Modem, Catherine Levraud, est une ancienne verte. Plus, une liste de militants écologistes de la région : Alliance Écologiste. Se rajoute à cela le NPA et le Front de Gauche qui ont un gros volet environnement dans leurs propositions. Même le programme de Mariani commence par un chapitre sur l'écologie ». Et la polémique sur les TER ? « Il y a des enjeux énormes sur les déplacements. On focalise sur les TER mais, la région, ce n'est pas que les transports. D'autant que la majorité sortante a un bilan à défendre sur ce point. Elle a investi des millions ces dernières années. Mais cela permet à la droite de polémiquer, par exemple sur la sécurité ». Même si, personne ne l'ignore, les TER sont aussi de la responsabilité de la SNCF et la sécurité, de celle de l'État...
La campagne des régionales n'est finalement pas si mollassonne que ça et, pour le prouver, le RAVI (mensuel satirique régional) organise une soirée spéciale** : Dans les coulisses des élections régionales. Des membres actifs de chaque staff (sauf listes d'extrême droite) viendront tout révéler sur leur campagne. Avis aux "délinquants multirécidivistes" et aux "tronches pas catholiques", ils pourront y faire bonne figure.
* d'après des chiffres fournis par l'équipe de campagne de Michel Vauzelle.
** Vendredi 5 mars à partir de 19h à la Cité, Maison de théâtre, 56 rue Edmond Rostand 13006 (métro Castellane). Entrée libre.
S'inscrire pour commenter








Par Romuald