Les 24H sans nous !
Vendredi 26/02/2010 | Posté par Charly Carré
Vous le savez surement, le 1er Mars a lieu la Journée sans immigrés. Charly a rencontré Djam Deblues, Louisa et Majid, les organisateurs marseillais de l'évènement. Discussion à bâtons rompus.
Djam, Comment en es tu venu à te positionner sur ce projet ?
DD : Tout simplement j'ai été le premier à voir l'appel qui a été lancé via Facebook par Nadia...* Je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose pour la dignité des citoyens de ce pays, immigrés ou pas parce que ça nous concerne tous finalement. Disons que j'ai trouvé intéressantes deux choses : la première est qu'on porte le débat de l'immigration pas là où on le fait traditionnellement au plan social ou culturel mais vraiment sur le plan économique. L'idée de dire qu'on pourrait essayer de témoigner, durant une journée où les immigrés n'iraient ni bosser ni consommer, du fait qu'ils sont un véritable apport pour l'économie plutôt qu'un poids ou une charge. La deuxième c'est une initiative de citoyens. Une réaction a vrai dire. La goutte d'eau qui a fait déborder le vase, c'est le dérapage, volé par les caméras et mis sur le net, de Brice Hortefeux par rapport à ce jeune militant UMP. **
Comment ça se passe concrètement ?
DD : On invite les gens à ne pas consommer, à ne pas aller travailler dans la mesure du possible. Les choses se font activement mais dans une certaine désorganisation. On peut aussi arborer un ruban jaune. L'idée a été lancé d'un rassemblement devant les mairies. On appelle les gens, tous ceux qui se sentent concernés par la dignité des immigrés dans notre pays, à se retrouver devant l'hôtel de ville de Marseille entre 12h et 14h le 1er mars. On a demandé aux gens de venir aux couleurs de la France et c'est complètement libre d'interprétation. Qu'est ce que ça représente, les couleurs de la France ? Il y'a aussi cette idée très sympa d' « hommes sandwichs ». Avec au recto, le « avec moi » il s'agit d''afficher de ce que représente la consommation d'une personne dans un mois, tout l'argent injecté dans l'économie du pays : un caddy de courses, un loyer, des charges salariales, le transport, le loisir... Et au dos, le « sans moi », soit un gros zéro euro.Il s'agit donc d'inverser le débat parce qu'il y'a quand même des racistes, n'en parlons pas, mais aussi tout ce racisme ordinaire, cette xénophobie. Y'a une majorité silencieuse qui laisse entretenir ce débat et ça c'est partout.
Justement, ce fameux débat sur l'identité nationale a t-il une résonance particulière à Marseille ?
DD : à Marseille, on est pas mieux lotis qu'ailleurs et là je parle en mon nom. On présente souvent Marseille comme la ville cosmopolite par excellence où les communautés se marient. Si ça ne brûle pas à Marseille quand ça brûle ailleurs, ce n'est pas qu'on est plus tolérants, c'est juste que notre économie parallèle est mieux organisée. Ici on est pas plus solidaires qu'ailleurs. Parfois même, au delà du nationalisme, on ressent du « communalisme » : si t'y es pas marseillais, t'y es rien ! Sans oublier le sexisme et l'homophobie. On aime toutes les communautés mais on gueule des « Paris on t'encule ». Là dessus, d'ailleurs, on est pas d'accord avec Majid.
Majid : Ben oui c'est un jeu. C'est une identification. Ça peut paraître violent ou dur mais au final on est tous sous les mêmes couleurs.
DD : C'est un débat intéressant : on discute aussi avec des gens qui ne sont pas d'accord, c'est un mouvement de citoyens, d'individus où toutes les positions personnelles ont leur place. On ne prend pas position dans ce débat, j'ai parlé d'Hortefeux, ça aurait pu être n'importe qui, Frêche ou Vals.
Louisa : Moi, je me suis toujours sentie concernée, mes parents sont nés en Algérie, je suis née en France, j'ai toujours été en France, j'adore la France et je ne la quitterai pour rien au monde. Je veux être reconnue comme française. Mais je suis toujours stigmatisée comme la « rebeu » de service.. Mes parents sont venus en France pour nous offrir quelque chose de mieux, pas pour profiter du système.
Majid : Quand on est jeunes, on ne comprend pas ce débat, tu ne te sens pas différent. Moi je suis « l'algérien » ici et « le français » en Algérie. Alors, où est ma place ?
DD : Quand on dit ça à Louisa, on retrouve cette idée de négation de l'individu. On est toujours « groupisés ». On existe que par l'idée d'appartenance. On nous stigmatise comme appartenant à un groupe : les vieux, les beaux, les gros, les rebeus, les femmes... Tu es exclu d'un groupe pour aller dans un autre. Aujourd'hui on crée une autre forme de collectivisme. On en nous apprend pas à être des individus. Il faut avoir conscience d'être un individu différent des autres pour accepter l'individu qui est en face. Le débat sur l'identité nationale n'a pas lieu d'être. Les dirigeants sont pris au piège par tout ça. Pour gouverner aujourd'hui, il faut mondialiser mais les nations continuent d'exister. Or une nation c'est encore une communauté. Les gouvernants sont en quête d'identité : où se positionne la France dans le monde et dans l'Europe ? La nation ne sait plus ou elle a mal.
Alors que faire ?
DD : Il faut un véritable changement par une approche philosophique. Il faut qu'on nous incite à réfléchir par nous même en tant qu'individus uniques. L'éducation doit partir de l'individu pour s'y adapter. Or, les gouvernants ont peur. Tu comprends, si j'ai en face de moi que des individus, je dois tous les convaincre. On ne peut gouverner réellement qu'une communauté, que des masse.
DD : Il faut venir le 1er Mars. Il faut rappeler que quand tu es immigré, tu n'es pas obligé, sous prétexte de t'intégrer, de baisser la tête et de tout accepter.
*Nadia Lamarkbi sur facebook
** La fameuse vidéo
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Par Romuald