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Retour à bon port pour Miloud

Mercredi 09/06/2010 | Posté par Samir Akacha

Jeudi 3 juin, Gare Saint-Charles. Il est 17h30. Dans quelques minutes, Miloud Zenasni va descendre du train. Il était il y a quelques jours sur le Sfendoni, navire grec faisant partie de la flottille de la liberté, prise d'assaut par l'armée israélienne. Les journalistes et une foule aux couleurs de la Palestine sont au rendez vous.

17H55. Le train entre enfin en gare. Au téléphone, Miloud précise à un camarade du Comité de Bienfaisance et de Secours aux Palestiniens (CBSP), organisation caritative à laquelle il appartient, qu'il sortira en dernier, pour ne pas gêner les autres passagers. Déjà, les caméras et les appareils photos se braquent sur la porte, qui déverse son flot de voyageurs. En voyant le comité d'accueil, une femme s'approche et s'écrie « Vive la Palestine ». Des cris de joies et des drapeaux s'élèvent pour la saluer. Le wagon livre son dernier passager, qui n'est pas Miloud. Les regards se tournent sur le wagon suivant, et chacun se met à courir. Khadidja, sa fille, coiffe tous les journalistes au poteau pour rejoindre son père, qui la prend dans ses bras. Puis c'est le tour des nièces, des camarades et du père. Les retrouvailles sont écourtées par les questions des journalistes et les salutations des autres militants.

Le comité d'accueil et les médias accompagnent Miloud jusqu'au parvis de la gare Saint-Charles, où il est porté par les militants. S'adressant à la foule, qui scande « Nous sommes tous des palestiniens », il promet de parler de son histoire lors d'une prochaine conférence de presse, en expliquant qu'il désire pour le moment se retrouver en famille. Il en profite pour « rendre hommage à ceux qui ont péri dans ce massacre, hommage à ces personnes qui sont mortes pour sauver des vies à Gaza, et une pensée envers leur famille », puis salue le consul de France en Turquie, qui les a pris en charge. Il termine en remerciant ceux qui se sont occupés de sa famille en son absence, n'ayant pu contacter ses proches pour les rassurer sur son sort pendant les trois jours de sa détention en Israël. Sur la demande insistante des journalistes, Miloud accepte de donner une conférence de presse dans l'heure. Tout le monde se disperse, pour se rendre au siège du CBSP.

Dans le petit local, des rafraichissements sont servis aux journalistes et aux membres. Eau minérale et Sélecto. Miloud prend place sur une chaise, et commence à conter son histoire. Elle commence à Athènes, où il embarque avec 50 personnes à bord du Sfendoni. 8 nationalités sont présentent sur le navire, dont 6 français. 5 journalistes sont aussi présents. Le voyage se déroule sans encombre. C'est l'occasion de tisser des liens, chacun apprend à mieux se connaître. Miloud parle d'un élan de solidarité exceptionnel.

La partie n'est pas gagnée.

Le voyage dure 5 jours. Pour lui, c'est le premier en bateau, c'est donc un peu dur. D'autant plus qu'il n'avait pas prévu de sac de couchage. L'eau est rationnée, pas de douche possible. Les repas se composent essentiellement de légumes et d'olives. Malgré les difficultés du voyage, l'ambiance à bord est chaleureuse. Mais personne n'oublie la mission : briser le blocus de Gaza qui dure depuis plus de trois ans. La partie n'est pas gagnée. « On a eu un briefing, où on a imaginé les pires scénarios, à savoir que l'armée israélienne nous arrête. Nous devions résister pacifiquement, et protéger la cabine du capitaine et les moteurs. On avait la crainte que ça se passe en pleine nuit. C'est pour ça qu'on voulait aborder les eaux de Gaza en journée. On était à 70 milles nautiques d'Israël, quand ils sont venus carrément nous chercher dans les eaux internationales à 4h30. On était surpris, on ne s'y attendait pas ».

Miloud décrit l'assaut : « Des commandos spéciaux sont arrivés en zodiaques. Ils ont lancé un assaut simultané sur tous les bateaux. Ils se sont mis à lancer des grenades. J'ai commencé à réagir et je suis monté pour protéger la cabine. Les soldats étaient déjà là. Il y avait une violence terrible. Des coups, des tirs. Mais il n'y a pas eu de mort à bord de notre navire. J'ai vu les hélicoptères, il y avait une centaine de soldats. On a résisté pacifiquement. les soldats nous ont neutralisé rapidement. C'était d'une violence extrême. Ils étaient bien organisés ».

A bord, Miloud voit des gens impulsifs qui veulent combattre. Il prend un anglais et l'écarte, pour éviter le carnage. Quand l'armée a fini de prendre le contrôle du bateau, toute résistance s'arrête. Sur les autres navires, la situation dégénère : « ils ont commencé à tirer sur tout le monde depuis 2 hélicoptères, dès qu'ils ont compris qu'ils ne maitrisaient plus la situation. Il y a eu 15 morts d'un coup. 7 personnes ont été blessées, dont 2 grièvement. Contrairement à ce qui a été dit, il n'y a eu aucune sommation. Les soldats ont aussi tabassé Paul, un américain de 60 ans ».

« Nous avons essuyé des insultes, des regards. C'était l'humiliation totale. Je me suis dis qu'on allait mourir »


Une fois la résistance maitrisée, tous les bateaux sont séparés. Au port d'Ashdod, le chef d'État Major, Gabi Ashkenazi, est présent. Un comité d'accueil composé de la police, de militaires, ainsi que d'israéliens avec des drapeaux félicitant leurs héros. « Nous avons essuyé des insultes, des regards. C'était l'humiliation totale. Je me suis dis qu'on allait mourir ». S'en suivent interrogatoires, relevés d'empreintes et photos. Les passagers sont ensuite interrogés par le Mossad. Ils sont déshabillés, subissent une fouille au corps. Nouvelle humiliation. Puis on demande à Miloud de signer un document. Il refuse s'il n'a pas d'avocat et de représentant de la diplomatie française. Les menaces fusent. Un mois de prison en cas de refus. Miloud persiste. « Nous sommes embarqués dans un camion de prisonnier, direction la prison de Beer Sheva. Là, tout le monde se retrouve. Nous sommes abattus, sonnés, terrifiés. On n'a su qu'il y avait 16 morts qu'en prison. Ce fut un deuxième traumatisme. On n'est pas certain du nombre de morts, j'ai pu voir dans un camion 3 palettes de 4 cercueils. Il y a des disparus, certains ont été jetés à la mer ».


Les conditions de détentions sont sévères : « Nous ne pouvions pas téléphoner à nos proches pour leur dire qu'on était en vie. Nous étions nourris comme des bêtes, en plus de subir des interrogatoires ». Miloud continue avec calme son récit, parfois interrompu par une question d'un auditeur. Il cherche ses mots, pour relater le plus précisément les évènements. « Au delà du kidnapping, il y a eu le pillage. Toutes les caméras des journalistes, de l'argent, quelqu'un avait emporté avec lui 32 000 euros, des passeports, des ordinateurs ont été volés. J'avais sur moi une somme d'argent assez conséquente pour les orphelins, ainsi qu'un appareil photo. Rien ne nous a été restitué ».

Ils refusent d'obéir. Quand on leur ordonne de s'assoir, ils se lèvent, de se taire, ils parlent.

A Beer Sheva, l'ambiance est solidaire. Les pacifistes commencent à manifester dans la prison. Ils refusent d'obéir. Quand on leur ordonne de s'assoir, ils se lèvent, de se taire, ils parlent. Devant leur détermination, un gradé est dépêché auprès d'eux. Il leur permet de téléphoner à leur deuxième jour de détention. Le représentant du consul français leur rendra visite. Au bout de trois jours, ils sont expulsés d'Israël. Pour leur rapatriement, le gouvernement turc affrète trois avions, et les prend en charge.

Miloud se dit prêt à repartir, pour ce qu'il considère être un devoir. Quand une journaliste lui demande ce qu'il attend de la communauté internationale, il répond : « Une réaction ferme et que cesse l'impunité, qui mène à ce genre de comportement. C'est un danger pour l'humanité. J'attends que justice soit faite. Une nouvelle flottille est en préparation, il faut refaire ça avec des centaines de bateaux ».

Malgré l'émoi international suscité par la violence de Tsahal, il se dit déçu par son arrivée à Roissy, où aucune cellule de crise n'est mise en place. Il s'attendait à voir un psychologue, faire un bilan de santé. Il n'y a même pas de représentant de l'État. Pourtant, le traumatisme engendré par toute cette histoire est encore présent. En prison, les autres militants lui ont raconté comment les soldats ont mis en joue le bébé. Celui du capitaine du Navi Marmara, Ils menaçaient de tuer son enfant s'il n'appelait pas à stopper la résistance à bord.

Photos : Jean-Paul Duarte/Collectif à-vif(s)

Samir Akacha -


Réactions des internautes

Romuald
Lundi 14 Juin 2010, 09:55
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C'est loupé pour ces « humanistes pacifistes » (la présence d'armes blanches, de masques à gaz, de scies sauteuses à bord, c'était sûrement pour organiser des barbecues géants et faire du bricolage ?), leur opération kamikaze destinée à fédérer l'opinion occidentale et musulmane a partiellement échoué.

Si, en Europe, les populations maghrébines et plus largement musulmane soutiennent idéologiquement depuis des années la cause palestinienne *, le reste du monde arabe, lui, a déjà oublié cet épisode sanglant.
Dans les milieux politiques, seule l'extrême-gauche soutient la cause palestinienne (et encore, Mélenchon s'est désolidarisé de la dernière manif, lorsqu'il s'est aperçu que les organisateurs avaient discrètement accepté la présnce d'islamistes).
Les massacres de Congolais par d'autres Congolais, de Soudanais chrétiens/animistes par des milices arabo-musulmanes, de Sri-Lankais par d'autres Sri-Lankais, ça n'intéresse personne.



C'est loupé donc, puisqu'en effet, l'Arabie Saoudite a officieusement accordé l'autorisation aux forces aériennes israéliennes de survoler son espace aérien, en cas de frappes contre l'Iran.

Le président de l'assoc turque à l'origine de Free Gaza l'a reconnu lui-même, et le militant français Thomas Sommer-Houderville le prédisait, il devait y avoir des martyrs et un impact médiatico-politique très fort.
Je crains que ces « pauvres humanistes pacifistes » ne soient en fait morts en vain.


* Cf l'article d'un Bondy Blogueur, d'origine algérienne, Malik Youssef : http://yahoo.bondyblog.fr/news/200901062346/comment-j-ai-ete-eleve-dans-le-culte-de-la-palestine-martyrisee

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Jean-Paul Duarte
Lundi 14 Juin 2010, 11:53
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Massacre à la scie sauteuse
 La scie sauteuse qui est bien connue pour être une arme de destruction massive, utilisée dans tous les conflits modernes. D'ailleurs Mr Brico envisage sérieusement de délivrer un permis de scie sauteuse à tous les brico-terroristes potentiels de manière à pouvoir les localiser rapidement. Si en plus ils font de la voile alors là, direct la SDAT...

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Romuald
Lundi 14 Juin 2010, 13:48
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Re: Massacre à la scie sauteuse
Les scies sauteuses ont servi à découper des barres de fer dans les structures du navire; des militants « humanitaires pacifistes » ont immortalisé le tout sur vidéo.

Manque de pot pour eux, les forces israéliennes sont tombées sur ces vidéos et, depuis, les diffusent à grande échelle en prenant à leur propre piège médiatico-politique ces braves et sympathiques militants pacifistes pro-Palestine.



Que l'interception de ce convoi par Israël soit illégal n'est pas contestable, en revanche, il n'est pas forcément illégitime si on considère la découverte d'armement et d'équipement militaires à destination des milices islamistes du Proche-Orient, dans des cargos « humanitaires » affrêtés par l'Iran.

En outre, les organisateurs de Free Gaza étaient déterminés à faire des martyrs et un maximum de pub pour la cause palestinienne, ou plutôt, antisioniste.

Je l'évoquais plus haut, mais le militant français Thomas Sommer-Houderville a, dans une lettre écrite * juste avant l'interception, indiqué que les militants redoutaient cette interception, mais étaient persuadés qu'elle mettrait Israël à terre grâce à l'impact médiatico-politique.
Ainsi se gagne les guerres asymétriques, qui s'appuient justement sur les médias...

Propos du président de l'ONG turque IHH, organisatrice de Free Gaza :
De retour à Istanbul après trois jours de détention et d'interrogatoires en Israël, le président de l'ONG turque IHH, qui était à bord du Mavi-Marmara, a reconnu que des militants pro-palestiniens de la flottille s'étaient bien emparés des armes d'une dizaine de soldats israéliens, mais affirme que c'était pour les jeter à la mer : "Oui, nous avons pris leurs armes. Cela aurait été de la légitime défense y compris si nous en avions fait usage", a affirmé Bulent Yildirim."Nous avons dit à nos amis à bord : nous allons mourir, devenons des martyrs, mais ne soyons pas de ceux qui ont eu recours aux armes à feu. Par cette décision, nos amis ont accepté la mort et nous avons jeté toutes les armes que nous leur avions prises à la mer", a-t-il poursuivi, ajoutant que les passagers avaient imploré les soldats de ne pas tirer.

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2010/06/03/les-neuf-morts-de-la-flottille-tous-tues-par-balles_1367098_3218.html


* La lettre tourne sur les sites pro-Palestiniens et d'extrême-gauche, comme celui du NPA.
Dans quelques heures, le dernier set, crucial, commencera quand nous entrerons dans les eaux de Gaza.Bien sûr, matériellement, il serait très facile pour Israël de nous stopper et nous arrêter, mais le coût politique qu'ils auront à payer sera énorme. Vraiment énorme, à tel point que toutesles ruses et les pièges qu'ils ont tenté de mettre sur notre route ont réussi à faire une seule chose : sensibiliser de plus en plus de gens partout dans le monde sur notreflottille et sur la situation de Gaza.Et de tout ça, nous apprenons quelque chose : la peur n'est pas de notre côté, mais du côté d'Israël.Ils ont peur de nous parce que nous représentons lacolère des gens tout autour du monde.Les gens qui sont mécontents de ce que l'Etat criminel d'Israël fait aux Palestiniens et à chaque amoureux de la paix qui ose prendre le parti des opprimés. Ils ont peur de nous parce qu'ils savent que, dans un proche avenir il y aura encore plus de bateaux à venir à Gaza comme il y a de plus en plus de personnes à décider de boycotter Israël chaque jour.
http://www.npa2009.org/content/avant-lassautdepuis-lun-des-bateaux-de-la-flottille-de-gaza

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Jimmy
Mardi 15 Juin 2010, 23:39
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Re: Massacre à la scie sauteuse
 Ben c'est un commentaire un peu fourre-tout, j'attendais plus de détails après ça :"Que l'interception de ce convoi par Israël soit illégal n'est pas contestable, en revanche, il n'est pas forcément illégitime si on considère la découverte d'armement et d'équipement militaires"... Où sont les armes trouvées à bord?? Peut-être que l'enquête le dira... ou pas. Des arguments comme ça, c'est du pain béni pour les pro-Palestiniens que vous souhaitez apparemment démoniser. Si l'interception du convoi est illégale mais pas illégitime alors est-ce que ce blocus humanitaire qui est "légal" n'est pas, en revanche, illégitime?    

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Jean-Paul Duarte
Samedi 19 Juin 2010, 06:18
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Re: Massacre à la scie sauteuse
J'ai trouvé les armes... dans cette vidéo on voit bien les pro-palestiniens tirer au lance-pierre de dernière génération des billes à tête chercheuse même la nuit... Et le truc orange qu'ils ont sur le corp, c'est un gilet pare-missile
Vu le nombre de caméras et d'appareils photos, on devrait avoir beaucoup d'images accablantes des agresseurs de militaires israéliens. Non ? Cette vidéo a été réalisé par une brésilienne membre de cultures of resistance, un collectif de cinéastes américains.

Israeli Attack on the Mavi Marmara, May 31st 2010 // 15 min. from Cultures of Resistance on Vimeo.

sur le site de collectif une vidéo beaucoup plus longue montre d'autres moments de l'attaque

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